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Vosges : L'homme qui n'a pas vu le loup et ne veut pas le voir

Vosges : L'homme qui n'a pas vu le loup et ne veut pas le voir

Article publié dans Le Pays le 26 août 2011 par Michel Arnould

Olivier Cassagnau a perdu douze brebis dans la nuit du 9 au 10 août. « Que les amis du loup se cotisent pour m'apporter 10 000 € par an. Dans ce cas, j'arrête la reproduction et je garde le troupeau pour le loup. »

Au cours de la nuit du 9 au 10 août derniers, sur la chaume de Sérichamp, dans les Vosges, près du Valtin, douze brebis du troupeau d'Olivier Cassagnau étaient égorgées par un loup. Depuis, cet éleveur ne décolère pas. Non pas contre le loup mais contre les contradictions du discours des pouvoirs publics.

« C'est un garde-forestier qui a prévenu les gendarmes après avoir trouvé une bête morte. Quand je suis monté là-haut, ce n'était pas une, mais douze brebis qui avaient été tuées. J'ai trouvé le reste du troupeau en état de stress. Les brebis étaient couchées en tas alors qu'elles auraient dû, normalement, s'être mises à l'ombre à ce moment de la journée », raconte Olivier Cassagnau.

À 53 ans, ce Vosgien natif de Raon-l'Étape est installé comme éleveur depuis 1998 dans « la petite Suisse » vosgienne, après avoir beaucoup bourlingué. Tondeur de mouton à l'origine, il a voyagé en Australie et en Nouvelle-Zélande pour se former avant de sillonner, en France, les Alpes, la Corse et encore aujourd'hui l'Alsace et les Vosges pour offrir ses services. La création de son troupeau de 200 brebis et l'animation d'une bergerie pédagogique recevant 3 000 visiteurs par an lui a permis de se fixer.

Plus que les dégâts du loup, c'est l'incohérence des sentiments de l'opinion publique et des discours des élus qui l'énervent. « Bien sûr, quand j'ai vu les brebis égorgées, j'ai été révolté. Je ne travaille pas pour les voir tuées ainsi. Mais le loup ne me dérange pas. Le problème des chiens errants est une calamité beaucoup plus grave. On savait que le loup était déjà dans le Jura et qu'il arriverait ici. »

Pour Olivier Cassagnau, la question est de savoir ce que l'on veut. Un élevage dynamique ou un musée naturel. Lui-même pratique un élevage non intensif et commercialise ses animaux en circuit court, pour échapper aux diktats de la grande distribution. « Dans le seul département des Vosges, il y a près de 50 000 moutons, contre moins de 30 000 dans toute l'Alsace. Le territoire est, ici, trop morcelé et fréquenté par les visiteurs pour avoir recours aux Patou, ces chiens de berger qui ne connaissent que leur maître et leur troupeau et ont tendance à mordre les mollets des randonneurs de passage. »

Les pouvoirs publics ont avancé l'idée de financer, partiellement, des auxiliaires qui dormiraient à côté des troupeaux pour les protéger. Olivier Cassagnau les a pris au mot, en montant une tente pendant une semaine. « J'y ai passé une nuit. Le camping, ce n'est pas trop mon truc. Des copains, dont certains pro-loup, s'y sont relayés pendant une semaine. »

Verdict : ce n'est pas jouable. On ne peut pas mettre chaque nuit un homme et une caravane derrière chaque troupeau. La solution, selon Olivier, c'est de renvoyer le loup d'où il vient. « Ou alors que le contribuable assume le coût de cet animal dont nous n'avons pas besoin. Le suivi d'un loup coûte 36 000 € par an », assure-t-il.