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mercredi 27 juillet 2011 l'Humanité

Alpes: quand le loup attaque, les réactions détonnent

Article extrait du journal l'Humanité paru mercredi 27 juillet 2011 - rubrique société - enquête de Marie-Noëlle Bertrand

Dans l’Humanité de ce mercredi : Loup, les pastoureaux voient rouge. Notre reportage dans la vallée de l’Ubaye, à deux pas du Parc naturel du Mercantour, où les attaques de loup se multiplient en dépit des initiatives prises pour s’en préserver.

Particulièrement destructrice, l’attaque de loup survenue le 15 juillet au Martinet, sur le troupeau d’Yves Derbez, a fait l’effet d’un détonateur dans la vallée de l’Ubaye. Moins d’une semaine après, une association d’habitants se créait pour défendre le pastoralisme. « Nous voulons rédiger et diffuser un manifeste reconnaissant d’une part l’intérêt du Parc naturel et de la préservation de l’environnement, de l’autre le déséquilibre en faveur du loup qui met en péril nos élevages », explique Pierre Martin-Charpenel, connu - excusez l’expression - comme le loup blanc dans la vallée pour être président d’une association culturelle.

Depuis le début de l’année, les Alpes du Sud ont eu à faire face à plus de 100 attaques, et l’on déplore près de 600 brebis et agneaux tués. Avec plus de 60 ovins morts en une nuit, l’assaut du Martinet compte parmi les plus meurtriers. « Nous sommes quelques uns à vouloir en finir avec les opérations de mystification du loup, qui s’attachent à n’en donner que la version écologique », poursuit Pierre Martin-Charpenel. « Nous voulons aussi en  raconter l’autre facette et dire ouvertement qu’il reste un animal dangereux. » Pas de chasseur, ni d’éleveur dans l’organisation, partie pour s’appeler Les indignés de l’Ubaye. Seulement des habitants inquiets de l’avenir du pastoralisme et dont l’action témoigne d’un ressenti qui s’étend au-delà des premiers concernés. Déjà secouée par la crise agricole, la filière se sent un peu plus mise à mal par les attaques qui vont en se multipliant. Elus et autres acteurs locaux le répètent : elle est, pourtant, une activité essentielle à la région. Pour l’économie locale, quand la location de prairie est une source de revenus pour les petites communes. Pour l’entretient des pâtures, surtout, quand les moutons restent le moyen le plus efficace et le moins coûteux d’empêcher les forêts d’envahir toutes les terres.

Si les habitants s’organisent, les éleveurs ne sont pas en restent, qui commencent à se dire qu’une mise en réseau de leur difficulté peut ne pas être inutile. Née au printemps dernier, l’association Eleveurs et montagnes rassemble déjà près d’un millier d’éleveurs, dont certains du Verdon, du pays Dignois voire des bouches du Rhône. A terme les fondateurs de l’association – dont fait parti Yves Derbez, qui en a été nommé président – souhaite pousser jusqu’au Alpes Maritimes, voire jusqu’aux Pyrénées. L’idée est de ne pas rester isoler, voir de créer un mouvement. Social ? On en est presque à se dire cela. Pour l’heure, l’association s’apprête à mettre en ligne un site visant tout autant l’information au grand public que la mise en connexion des éleveurs entre eux. Www.eleveursetmontagnes.org devrait ouvrir d’ici quelques jours. Il proposera, entre autres choses, une revue de presse des actualités portant sur le pastoralisme. Sans trop de surprise, celle-ci devrait ouvrir sur le loup.

Le loup, malin comme le goupil. Patou, clôtures, bergers… Les éleveurs ont eu beau multiplier les parades pour empêcher les attaques, rien n’y a fait : malin comme le goupil, le loup ses adapté à tout. On connaît ses pratiques : tourner, longtemps, autours des bêtes. Exciter le chien qui dort dans l’enclos. Effrayer les brebis jusqu’à ce qu’elles elles finissent par défoncer les filets électriques et s’offrir en pâture. Même la présence de l’homme ne semble plus l’effrayer. Les récits sont multiples, qui témoignent d’assaut en présence du berger. « Au printemps, j’en ai débusqué deux juste à la porte de ma bergerie », raconte Philippe Rayne, éleveur à Jausiers, qui, en 2010, essuyait cinq attaques, dont deux en une après-midi, alors qu’il gardait le troupeau. « On en devenait fou, c’était invivable », se souvient-il. « La nuit, on ne dormait plus. On entendait nos Patous hurler, au loin, dans les prairies. » Plusieurs fois, le loup a été aperçu aux abords des exploitations, voire des habitations. A Jausiers, près d’un local à poubelles. Au Martinet, au pied d’un lampadaire. Et à Méolan-Revel, près de Barcelonnette, un cerf de 180 kilos s’est fait tué à une centaine de mètres des habitations.

Des loups et des ovins en chiffre

  • Pastoralisme

300.000 ovins passent l’estive dans les Alpes de Haute Provence, dont 140 000, en transhumance, arrivent de départements voisins. Au total, le département compte 120 éleveurs pour 160 000 bêtes.

100 hectares de pâtures peuvent se louer jusqu’à 3.000 euros. Un revenu non négligeable pour les propriétaires privés, mais également pour les petites communes qui disposent de terres. Rien d’extraordinaire non plus. Pour exemple, celle de Méolan-Revel, près de Barcelonnette,  qui compte douze éleveurs, en tire près de 10 000 euros par an.

  • Loup

Arrivé en 1992 dans les Alpes françaises, le loup s’est un temps cantonné au Parc national naturel du Mercantour, qui a fait de sa protection l’une de ses priorités. Au fil des ans, l’animal s’est disséminé dans les zones pastorales.

200, c'est le nombre officiel de loups dans le massif alpin. Mais ce décompte fait polémique. Suspicieux à l’égard des comptages officiels, éleveurs et élus locaux assurent qu’ils sont au moins le double.

En 1999, 26 attaques avaient été recensées dans les Alpes du Sud, faisant 96 victimes. En 2010, le loup tuait 676 ovins en 205 attaques.

Marie-Noëlle Bertrand