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La position de Jean-Louis Bianco, député des Alpes de Haute-Provence

La position de Jean-Louis Bianco, député des Alpes de Haute-Provence

Le loup : La multiplication des attaques du prédateur est une épreuve de plus qui n'est plus supportable

Article publié sur le blog de Jean-Louis Bianco, député des Alpes de Haute-Provence, le 28 juillet 2011

Jean-Louis Bianco a pris connaissance, via le site « la buvette des alpages » du courrier que l'association FERUS lui a adressé à la suite des prises de position du Conseil général et de lui-même au sujet du loup.

Il rappelle que ses propos ont été ceux d'un homme en colère et profondément affecté par la situation d'une profession en désarroi.

En effet, le pastoralisme, au-delà de sa contribution environnementale, est avant tout une activité économique qui fait vivre des hommes et des femmes qui n'ont cessé de prouver leur capacité à s'adapter face à des changements incessants de politiques, de réglementation, d'attentes sociétales...

Mais comment s'adapter perpétuellement à un prédateur opportuniste, adaptable et capable d'apprécier le rapport risque / profit d'une tentative de prédation ?

Rappelons aussi qu'un seuil de prédation incompressible a été observé là où le loup est présent dans une zone d'élevage extensif. Ce seuil est lié au type de système d'élevage et non à la qualité de travail des éleveurs. Il correspond à ce que l'on peut appeler la vulnérabilité intrinsèque des systèmes d'élevage face à la prédation. Ce risque est important dans les Alpes du Sud françaises où les troupeaux ovins sont élevés pour leur viande : les effectifs des troupeaux sont importants, la main d'œuvre est rare et chère, la durée de pâturage est longue (8 à 12 mois).

Cela signifie qu'une part de la prédation pourrait être éliminée par un gros effort d'adaptation des systèmes d'élevage et de protection des troupeaux, mais qu'il restera toujours une prédation présente. Comment faire accepter cela aux éleveurs ? Qui est prêt à accompagner ces changements radicaux de pratiques ?

Le député s'est fait le relais de la colère des éleveurs. Il a souhaité en outre répondre à certaines affirmations de l'Association.

« Le nombre de loups lui n'augmente pas » :

L'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et les services de l'Etat s'accordent sur le fait que la population de loups dans le département augmente. Plus précisément l'ONCFS estimerait une trentaine d'individus dans le département en 2011 contre une vingtaine en 2010.

Si l'effectif minimum retenu d'après les comptages hivernaux semble de façon générale stabilisé ou en diminution, l'augmentation des attaques depuis 2009, la dispersion du loup de l'Ubaye à l'ensemble des massifs des Alpes de Haute-Provence, la modification de la répartition annuelle des attaques qui aujourd'hui ne se concentrent plus seulement sur juillet et août mais sur l'ensemble de l'année confirment l'estimation de l'ONCFS : le nombre de loups augmente incontestablement sur le département !

« Les victimes sont très correctement indemnisées » :

Les indemnisations ne permettent de compenser que les préjudices matériels. En effet, la prédation a des conséquences directes, mais aussi des conséquences indirectes, graves pour l'exploitation (avortements des brebis, stress entraînant des difficultés de conduite du troupeau et d'engraissement...). Par ailleurs, elle accroît de façon conséquente la charge de travail du berger car ces derniers sont désormais des gardiens de troupeaux de jour comme de nuit.

Aujourd'hui la grande majorité des éleveurs des zones concernées a adopté les techniques de protections préconisées : aides bergers, chien de protection, parc de nuit aux abords des cabanes.

Mais au-delà d'un bilan d'attaques en augmentation, qui prouve les limites de ces techniques, celles-ci posent des problèmes collatéraux :

– la gestion d'un salarié (aide berger) dans des conditions de vie rudimentaires (cabane de berger, promiscuité, ...) s'avère très difficile ;

– la cohabitation des chiens de protection avec les randonneurs ou les riverains est source de conflits nouveaux ;

– l'obligation de ramener chaque soir les troupeaux en enclos dégrade les pelouses de montagne du fait d'incessants allers et retours : cela empêche une bonne gestion pastorale et fait perdre plusieurs heures d'alimentation par jour, ce qui pose problème surtout aux femelles qui sont en fin de gestation. Le retour systématique en enclos n'a de sens qu'en élevage laitier, pour la traite du matin et du soir.

Aussi, ces techniques de protection posent autant de problèmes qu'elles n'en résolvent.

« Un conseiller général réclame la régulation du loup » :

Le retour du loup est souvent présenté comme le signe de bonne santé retrouvée des écosystèmes. Et nous pouvons que nous réjouir d'une nature ayant retrouvé ses droits.

Toutefois, en France les parcs nationaux et régionaux sont aussi pour la plupart des espaces pastoraux.

Très opportunistes en matière alimentaire, les loups ne se comportent pas en clé de voûte des écosystèmes régulant les effectifs excédentaires d'herbivores sauvages, mais ils préfèrent les proies faciles comme les animaux d'élevage.

Par ailleurs, le nombre croissant d'attaques diurnes (40 % des attaques en 2010) révèle l'adaptabilité rapide du loup aux mesures de protection et sa présence de plus en plus fréquente aux abords des bergeries confirme que ni la présence des hommes ni celle des bergers ne les décourage.

Il semble que nous sommes donc confrontés à des loups qui en l'absence prolongée de toute action de gestion, ont exacerbé leur comportement opportuniste. Afin d'éviter la généralisation du braconnage, il faut développer au plus vite des techniques d'effarouchement actif, visant à recréer chez les loups une aversion vis-à-vis de l'homme et de son bétail. Il faut aussi organiser un suivi, permettant de capturer et d'éliminer si nécessaire les loups à problème et mettre en place une gestion des meutes, à l'instar d'autres pays (Suède, Espagne,...).

S'il est juste d'affirmer que l'existence du loup est légitime au nom du maintien de la biodiversité de la faune sauvage, il apparaît pertinent au vu des données officielles (200 individus au sein de l'arc alpin) de s'interroger à nouveau sur le fait que l'espèce Canis Lupus soit encore une espèce menacée. Etant suffisamment abondante en Europe de l'Est et en Italie notamment (sans oublier que les effectifs en France ne cessent d'augmenter), le loup pourrait ne plus faire partie de la liste des espèces protégées au titre de la Convention de Berne.

Enfin, l'Etat se doit de protéger les personnes et les biens. Si le loup met en danger les troupeaux, il lui appartient de réaliser les effarouchements, d'organiser les protections et d'assurer la régulation.

Dans ce sens, Jean-Louis Bianco propose de réhabiliter le métier de louvetier dans le cadre d'un plan de gestion de l'espèce.

« Le loup n'y est pour rien dans la crise que rencontre la filière ovine » :

L'élevage ovin du Sud-Est a su mieux résister que la plupart des grandes régions ovines françaises, qui ont connu une décroissance continue de leur cheptel brebis viande. Cette capacité de résistance s'est appuyée notamment sur des combinaisons originales entre taille des troupeaux, performances zootechniques, redéploiement pastoral et positionnement par rapport au second pilier de la PAC. Mais, ces équilibres restent fragiles et dépendants entre autres de l'évolution des réglementations et de la conjoncture du marché mondial qui pèse sur le secteur ovin.

La multiplication des attaques du prédateur est une épreuve de plus qui n'est plus supportable.